11 novembre 2012

Le rôle de l'éducation dans l'idée de patrie

«En 1901, dans l’article de La Grande Encyclopédie consacré à la « Patrie », Célestin Bouglé disait de celle-ci : Elle est « la plus active et la plus puissante des idées directrices de notre civilisation moderne ». L’amour de la patrie, expliquait-il, est naturel et nécessaire, l’antipatriotisme apparaît comme quelque chose de monstrueux qui étonne et indigne, cette primauté de la patrie est garantie par l’opinion et les institutions publiques, la patrie est en droit de demander à chacun le sacrifice suprême de sa personnalité, car « mourir pour la patrie est le sort le plus beau », et tous les devoirs le cèdent au devoir envers la patrie.»

À la fin du XIXe siècle, après la guerre franco-allemande, la patrie devient une idée directrice et un enjeu considérable pour la nation. En conséquence, en France, tout comme en Allemagne, au lendemain du conflit, on intègre le patriotisme dans l`enseignement. En ce sens, cette éducation au patriotisme doit créer une plus forte cohésion au sein de la nation, mais également légitimer le nouveau régime politique, c'est-à-dire la République dans le cas français. 

L'avènement de la laïcité de l'école en France permet à la patrie de devenir la nouvelle religion au détriment du catholicisme. De plus, «l’école laïque aura  pour mis­sion de faire passer le message selon lequel la patrie conduit à l’humanité, que la République, héritière de la Révolution, est l’incarnation du progrès humain et que la guerre de revanche à laquelle il faut travailler assurera le triomphe de ce pro­grès.» Selon Jules Ferry, le promoteur du projet de l'école laïque, deux matières scolaires sont primordiales afin que la force et l'unité morale de la nation règnent: l'instruction civique et l'histoire. 

Parmi les manuels d'instruction civique, celui d'Ernest Lavisse reflète bien l'idéologie patriotique de l'époque. En effet, on dira de cet ouvrage qu'il ne détient « aucune question de principe : la morale n’est approfondie ni au point de vue philosophique, ni au point de vue religieux, ni même du point de vue politique, mais au seul point de vue patriotique. » D'ailleurs, dans ce manuel, Lavisse écrit: « La France, c’est la France dans le Passé, la France dans le Présent, la France dans l’Avenir. La Patrie, je l’aime de tout mon cœur, d’une affection exclusive et jalouse. » C’est cet amour, cette idée transcendantale de la patrie qui doit fonder l'idée de devoir patriotique. L'histoire, pour sa part, doit éduquer de bons citoyens, des électeurs et des soldats. Pour ce faire, les auteurs de manuels n'hésitent pas à représenter la France comme étant éternelle. De cette façon, les Français sont encore une fois appelés à défendre leur patrie afin que celle-ci survive pour toujours. 

La guerre joue également un rôle prépondérant dans l'éducation. Effectivement, la jeunesse semble s'identifier à la patrie par la façon dont la guerre est présentée à l'école. En France, on exalte l’héroïsme des troupes qui ont été trahies durant la guerre franco-allemande. Cette exaltation de l’héroïsme guerrier est aussi un élément indispensable à l’éducation patriotique de cette époque. Par conséquent, les valeurs patriotiques sont prônées: «le soldat-héros devient un type, un modèle d’abnégation, d’esprit de sacrifice, incarnant les valeurs nationales et ayant le comportement (ordre, discipline, soumission) que l’on attend du patriote, au quotidien et plus particulièrement en temps de guerre.»

Le but ultime de ce type d'éducation est de préparer la jeunesse à la guerre future. Les Français de demain se battront donc pour la défense de la patrie et se sacrifieront pour cette dernière. L'historien Droz dira à ce sujet: « C’est autour de l’idée militaire, autour de l’armée que s’est maintenue entre 1871 et 1890 environ, l’unité de ce pays vaincu qu’était la France. » 

L'image de l'ennemi est également largement exploitée. Dans le cas présent, la force ennemie est l'Allemagne qui est sortie gagnante du conflit de 1871. Le patriotisme allemand est un exemple obsédant pour les Français. Bien qu'au départ la France se sert de ce pays comme modèle, cette quelconque admiration tourne vite à la haine. Le patriotisme français devient dès lors davantage défensif, particulièrement à l'égard des Allemands. 

En somme, au XXe siècle, la France n'hésitera pas à user du patriotisme dans l'éducation afin de galvaniser la population à se défendre lors des deux conlifts mondiaux. 


 

Source: VON PHILIPPE, Alexandre. « Le patriotisme à l’école en France et en Allemagne, 1871–1914 », [En ligne], http://www.europa.clio-online.de/site/lang__de-DE/ItemID__265/mid__12205/40208771/Default.aspx (Page consultée le 11 novembre 2012)

Posté par ELEROUZ à 16:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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